Plus le temps passe plus certains
objets les doublent, les précèdent dans leur propre délabrement.
Il se détèriorent lentement ; écaillée,
mat, une surface autrefois rutilente, délavés, effacés,
les noms, rognés les liens qui les retenaient à des personnes.
Confrontés aux gestes quotidiens de l’un ou l‘autre,
jamais avares en maladresses (frottement maniaque d’un chiffon,
d’une éponge, écart de balayette), ils subissaient
aussi, parfois, les assauts d’un aspirateur goulu dans le tube
duquel l’un d‘eux s‘évanouissait parfois, emmenant
avec lui ce que l’on pouvait y (r)attacher : le prétexte
de la donnation, les circonstances de l’achat ou l’aubaine
de la découverte, l’endroit, facilitant une localisation
dans l’espace/temps. Cette disparition d‘ailleurs touchait
aussi, encore que d’une autre manière, ces objets qui,
loin d’être endommagés ou „avalés“,
s’envasaient dans l‘oubli, invisibles, aussi lisses et nus
qu’un œuf non fécondé. Parfois, convenait Mireille,
l’anéantissement se déroule en permanence, jour
après jour, sans qu’un changement notable n‘apparaisse.
Ainsi cette brosse à dents. |