| - Posée parfois sur le radiateur de la buanderie, adossée tantôt au tronc d’un palmier nain, tantôt allongée sous une étagère, égarée lundi, samedi refaisant surface. Sans être la source unique de l’intérêt éprouvé par Mireille pour l’éventail, elle y avait contribué. Elle tenait le sien contre son sein, dans une attitude de reine égyptienne où de gisant. Mais c’est surtout à un boxeur que Mireille l’associait. Mis à mal par son adversaire, n’écoutant pas plus la douleur de son corps que les conseils de son coach, réclamant une nouvelle avalanche de coups. Elle se relevait sans cesse, défiait, à l’instar du combattant meurtri les crochets, les upercuts du temps. Son esprit, pensait Mireille, aura sauté le mur de la conscience pour attérir assez rudement dans une inconscience la désensibilisant, la suspendant dans ce vide où celui/celle qui se fait démonter par le temps parvient à ne plus s’en inquiéter et n’émet aucune plainte. Le regard de la figurine cependant ne trahissait pas l’égarement qu’affichent certains pugiliste au bord du KO. Pour cette raison peut-être, Mireille n’avait jamais songé à s’en débarasser, la jeter à la fosse commune des objets ayant tout perdu de ce qui éveillait l’intérêt de leur propriétaire. Mireille se souvenait facilement du moment où Lucien, fier comme un explorateur ayant relié l’arctique à l’antarctique, ramena de ce périple imaginaire un oursin. Véritable celui-là, recueilli par 20 mètres de profondeur, tout près de la côte. Instinctivement Mireille avait déposé la figurine sur ce socle à ses yeux parfait et la baptisa : la Dame de Piques.
Bientôt, certes, les piquants tombèrent, le stéréome
se craquela. La perruque ternit, s’empoussiéra, se maintint
difficilement, disparut. Dans le genre memento mori, c’était
parfait. |