Mireille s’en étonna, mais René lui assura qu’en acquérant la marionnette il ne lui était pas venu à l’esprit de rejouer quelque affrontement quincaillé où preux chevaliers et félons s’entrechoquent, cabossent et découpent pour les yeux d’une angélique. Il s’agissait plutôt d’illustrer une discussion qu’il avait eu avec Camille en se promenant dans la vieille ville, et commença comme suit :
Le vide que nous combattons chaque jour en tentant de le combler par nos passions est aussi celui que nous laissons derrière nous en mourant. Ce que nous laissons, qui était destiné à combler ce vide sans y parvenir, devient la matière des souvenirs auxquels la mémoire de ceux qui restent est confrontée et qui est, tout simplement, l’expression même de ce vide.