Si elle avait pu Mireille
lui aurait jeté la poignée de pièces à la
figure. Comme rien ne l’en empêchait, elle ne se gêna
pas. Certains pratiquent l’arachnophobie, d’autres promeuvent
la culture physique pour dissimuler leur terreur des ascenseurs et n‘emploient
que les escaliers, celui-là s’évanouit à
la vue d’un étang, celle-là perd connaissance en
croisant un chien. Mireille à ces heures succombait à
une peur de l’abîme, que savaient éveiller en elle
la moindre pièce, tout ce qu’il y avait de menu en monnaie.
Depuis ce jour de fin d’été où parcourant
un établissement psychiatrique pour des raisons professionnelles
(et non pathologiques n’oubliait-elle jamais de préciser),
elle se retrouva accidentellement enfermée dans une salle commune
avec des patients. Nul ne tenta de la violer, ni de la dépecer,
on s’étonna à peine de sa présence. Légèrement
courbé un homme se déplaçait sur un chemin au dessin
complexe, maintenait son poing au niveau de l’abdomen et marmonnait
des phrases déchiquetées, des esquilles de mots. Discours
sans virgules ni point auquel Mireille ne comprenait rien. Ces énoncés
ne semblaient d’ailleurs pas être prononcés pour
quelqu’un parmi ceux qui l’entouraient mais plutôt
destinés à lui-même, son intérieur, où
ils avaient fini par ouvrir une brèche ne demandant qu’à
s’élargir et recevoir ceux qui s’en approchait.
Ce fut l’homme pourtant qui marcha vers Mireille, avec filet tonal,
mantra explosé plutôt que logorrhée, la fixant du
regard cependant qu’il levait et ouvrait lentement le poing. Dans
sa paume une pièce. Comme toutes les phobies, celle de Mireille
n’était pas négociable, René n’avait
plus qu’à se baisser et ramasser la bigaille dare-dare.. |