Lucien racontait. Mireille n’en croyait pas
un mot, Camille hésitait, René écoutait, pour voir.
À partir de ce moulage Lucien reconstituait l’escalier
d’un immeuble où il avait vécu. Sortie de son appartement,
il hésitait souvent entre un arrêt au rez-de-chaussée,
une poussée dans la rue ou une prolongation de la descente jusque
dans la cave. Un boyeau étroit en colimaçon y conduisait.
Des marches raides à l'arrête renforcée de métal
corrodé, prises entre des parois à l'enduit absent par
endroit, écaillé ou saturé de sentences et autres
apophtegmes fielleux qu'à défaut de prononcer à
voix haute on griffe à la va-vite. Par étourderie ou ignorance,
l'orthographe maltraité devenait hermétisme, évoluant
ou plutôt dévoluant d'une génération à
l'autre, incompris des anciens, échappant aux nouveaux locataires.
Sauf bien sûr, lorsqu’au verbe se substituait le dessin,
avec les classiques allusions obscènes et autres rebus de l'imaginaire
érotique vantant tels attributs disproportionnés, en dénigrant
d'autres, et dont la répétition dévitalisait la
verve, finissait pas tuer l'intention. Avec le temps, des taches de
moisissures émergeaient des noces consummées par des figures
anthropomorphes aux anatomies débiles. Elles s'agitaint là,
s'emmêlaient, se démêlaient, se contortionnaient,
s'aggripaient, repoussaient, chevauchaient, minaudaient, s'enfilaient,
défaisaient. Quelques uns trop attaqués restaient incomplets,
indéchiffrables, énigmes. |