Agité soudain par un soucis ménager, j’entrepris d’éplucher le temps, balançai entre la monotonie propre à la corvée de patates et l’exaltation d’un géologue piochant dans les strates.

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Aujourd’hui il pleut du temps.
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De ces visages dont la physionomie rappelle plus l’aspect d’un bloc de lave subitement refroidi que les traits assénés à coups de serpe par le temps.
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Pour conjuguer le passé les grammairiens ont choisi le terme „imparfait”
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La force compressive du temps est telle qu’elle nous retire parfois toute possibilité d’action. Elle nous laisse moisir au milieu d’un banquet dont les convives à tête d’enfarinés se crient les uns aux autres que le met suivant sera forcément meilleur que le précédent alors que depuis le début des agapes les plats présentés sont d’une médiocrité identique.
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Le temps parfois me prend mon temps.
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Se faire valoir sans cesse, rêver d’atteindre à la rapidité, à la luminosité de l’éclair, et vouloir en même temps s’attaquer à l’irrévocable du temps : greffer l’inutile sur l’impossible.
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D’un côté nous croisons ceux qui proscrive le temps de leur pensée comme l’on repousse une pâtisserie trop sucrée, de l’autre, ceux qui l’épannelle en sachant que la forme finale, quelque soit l’apparence de la sculpture obtenue, sera invariablement la même. Entre ses deux attitudes il n’existe pas de convertibilité
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Pendant qu'il passe, le temps passe ; pendant qu’il ne passe pas, aussi.
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Un poil à gauche, un chouia à droite, le jeu entre nos actes et nos pensées, aussi infime soit-il, exerce un effet dirimant qui les dé-solidarisent les uns d‘avec les autres, nous forçent, pour sauver l‘honneur, à les réorganiser dans les cartonnier d’un système ad hoc où ils se serrent, barres de sel ou pierres de sucre, y attendant que le temps ne les fasse fondre, de nouveau unis, en une bouillie informe.
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Ces striures d'un cinabre foncé n’étaient nullement une évocation du Marquise de Sade, elles provenaient simplement de l’usage fréquent, sinon immodéré d’une brosse à remonter le temps.
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Les jour où les couleurs criardes du temps libre nous pèsent sur la rétine comme le pétrolier sur la bernicle.
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Rien n’importe comme la relation de l’homme au temps, contredanse plutôt que valse, sur un parquet aux rainures effacées par le frottement des semelles. Difficile de savoir, qui, du photographe ou du mémorialiste, rendra mieux compte de la danse ; du premier le diaphragme de son appareil semble cisailler une tranche de temps qui a autant à voir avec l’ensemble de la situation qu’un bout de jambon avec un porc ; dans son effort pour agencer les faits épars d’une époque, le second les sonde avec une logique qui ne leur est pas immanente.
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S’il ne nous est pas donné de pouvoir fixer le temps en face, yeux dans les yeux, il ne nous est pas interdit de le regarder de travers.
[Extrait du journal de M. Crépon]