- Des abeilles? S’étonna
Mireille. René raconta le bourdonnement entendu près d’une
croix dressée sur un promontoir pour le compte d’une bergère
grillée par la foudre. Cela grézillait autour des branches,
comme un essaim, invisible, menaçant. Il y avait de l’orage
dans l’air. Mieux de déguerpir fissa, ne pas rester là
à faire le zozo dans les alpages. Camille et lui avaient bien
été prévenus par les autochtones, enfin ceux qui
vivaient encore dans ce hameau, une poignée de riverains, dont
un certain Raùl, toujours chaussé de bottes à lacets,
chassant les vipères pour les apporter par paniers, courbé
sur sa moto antédiluvienne, au pharmacien dans la vallée,
qui pratiquait sur les reptiles la récolte de leur venin. Et
puis une grand-mère comme il en y souvent dans ces coins perdus,
de noir vêtue, un fichu comme une seconde peau sur le crâne,
croyante à la mode ancienne, manipuleuse de racines, potions,
décoctions et tout, et les autres, un peu bergers, à peine
fermiers. ”Vous laissez pas surprendre! Les abeilles, au moindre
bourdonnement, trissez!” Ils savaient de quoi ils parlaient, perchés,
isolés sur leurs hauteurs, dernier bastion de la civilisation
pour ainsi dire. Après c´était la roche et le ciel,
et les orages. La gardienne de moutons n’avait pas fait un pli.
Il n’y avait pas eu d’antécédents, donc pas
de croix, donc pas d’abeilles – elle n’avait rien
vu venir. C’était parfois le tort des présents de
ne pas être absents, ce qu’ils apprennent à leur
dépend. En tout cas, moi, j’avais trouvé un exellent
moyen pour effectuer une descente rapide, moderne. Un câble, partant
d’un relais-radio ou je ne sais quoi, et sinuant jusqu’à
la vallée. Camille trouvait la solution un pe casse-cou. Je préférais
me casser les os, que de passer à la rôtissoire. - Vous auriez eu le droit a une croix. A Camille et René, amoureux foudroyés. - Comme s’il n’y avait pas suffisamment, poussant à gauche et à droite. A croire que la chrétienté s’arrogerait le monopole des hauteurs. - Des alpinistes exprimèrent leur mécontentement à ce propos, sur le Mont Badile, dont l’accès est saturé d’une pléthore de statues de Saints, crucifix, ex-votos, pierres tombales, chapelets, médailles, plaques commémoratives etc... Au sommet du mont ils placèrent un Bouddha, que les prêtres de la région s’empressèrent de vouer aux gémonies sous prétexte qu’il rendait leurs montagnes impures. - Leurs montagnes, qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre. Mais pourquoi un Bouddha? - J’avoue ne pas avoir compris. - Pourquoi pas la main de Fatima? Un totem Sioux, le disque solaire d’Ahura Mazdâ ou de Farvahar? Une Statue de Krishna, de l’un des Tîrthankara ou du Bibendum Michelin ? Un Ménorah ? Imagine que les Tibétains ou les Népalais aillent planter un Christ – genre Rio de Janeiro à bras grands ouverts – au sommet de la Chomonlungma pour dénoncer les monceaux d’ordures abandonnés à ses pieds par chaque caravane - Sans parler des cadavres. |