- Zé pour mon p’tit vautour, zézaya-t-elle à la vendeuse du rayon animaux de compagnie, en agitant son portable. René s’arrêta, pensa qu’elle marainait quelque oiseau de proie en vue de sa réinsertion dans l’espace aérien des Pyrénées. Il se trompait.
Les doigts de la femme glissaient, galopaient maintenant sur l’écran tactile, tapis roulant où défilaient des photos au motif exclusif : un canari, à peine évincé par un vase, oui, celui posé sur la commode où trône la cage. La commode devant une baie vitrée laquelle offrait du haut de quelques dix ou quinze étages un panorama mi-citadin mi-campagnard, flou. Retour en force du volatile sur l’écran : dans sa cage, sur sa cage, sur le vase, la commode, une chaise, dans l’évier, sur le radiateur, le divan. Maîtrisant l’ubiquité occupait l’espace tout le temps, partout. Les doigts, les photos défilaient, par centaines, film dérisoir d’images fixes, immobilisme du toujours identique et la vue de la baie vitrée, cette terre urbaine où elle vivait, si occupée à photographier le canari qu’elle en oubliait de vivre, non n’oubliait pas, n’avait plus le temps de vivre, non, puisqu’elle la phographiait, la vie.