Lucien ou Mireille, René ou Camille, chacun d’eux peut-être, ensemble ou séparément, avançaient d’un objet à l’autre, s’éloignaient de l’autre pour retrouver le premier, et retournaient reconsidérer le second, revoir le troisième, s’arrêter encore au cinquième, passer au quinzième et revenir au premier, pour s’en re-re-re-souvenir lorsqu’ils aborderaient le dernier, ne connaissant, entre les défections de leur mémoire et l’apathie de leur imagination, aucune aventure, ne rencontrant aucune peuplade merveilleuse ou contrée sublime, mais seulement parfois de courts instant où ils frôlaient les fils qui reliaient entre eux les objets, fragiles comme ceux d’une toile d’araignée que rompt le moindre toucher trop insistant, et les ramenaient à leur point de départ, l’ineptie dont ils tentaient de s’écarter en avançant vers ces objets.
Ainsi, à la vue de cette guitare, René pouvait dire : C’est bien à l’époque où les choses nous marquent le plus, que nous y faisons le moins attention, de façon à ce que venu le moment où nous pensons avoir à nous en souvenir, nous remarquons les avoir oubliées.
Mireille : nous collectionnons les objets pour combler les vides de notre vie, et nous racontons des histoires sur ces objets pour combler le vide qui subsiste entre eux.
Camille : La patine du temps est peu de chose comparée à celle des projections dont nous recouvrons chaque objet, (sentiments, désirs, émotions, regrets, traflaflas, bave, suie, crasse, nicotine, larmes, poussière, postillons).
Lucien : Il existe au plus deux façons de faire résonner ses journées dans le temps : les plaquer en une succession d’accords ou les jouer en arpèges.