Le capitaine d’un navire est
entouré d’un assez grand nombre de phénomènes
naturels mis à sa disposition pour l’aider à remplir
son journal de bord, leur absence même est une chose qu’il
a tout le loisir de consigner. A cela s’ajoute le fait qu’il
se déplace. Tout le monde n’a pas cette chance, moi, moins
encore que les autres. |
Vitesse : nulle, puisque je suis
assis à ma table et que seul mes bras bougent. Visibilité
: exellente, jusqu’aux habitations de l’autre côté
de la rue. Ciel : blanc, des nuages si clairs, si fins par endroits
qu’on devine le bleu derrière. Un avion passe, venant du
sud-ouest, se dirigeant vers le sud-est, d’où s’efforce
de briller le soleil, invisible de ma position. Passages réguliers
de véhicules, ils montent ou descendent la rue, invisible d’où
je suis. Un chien aboie, des oiseaux chantent. Légèrement,
les plus hautes branches des arbres balancent. Exeptée la fumée
s’élevant d’une cheminée, aucune activité
apparente sur les balcons, ou même dans les pièces de l’habitation
barrant la vue. Un oiseau passe : une mouette. Un second avion. Même
provenance, destination similaire. Des feuilles de tailles différentes
mais semblables de teinte (rouille) volètent. Un train passe,
venant de l’est, se rendant au sud. |
[Extraits du Journal de Marcel Crépon] |