Selon Mireille, la conservation
d’un objet détérioré n’impliquait pas
obligatoirement de justification. Lucien insistait-il, comme dans le
cas du chameau, qu’elle en devenait l’avocat. Les apparences
trompaient. Le camélidé n’avait été
brisé ni par inattention, ni par intention. La maladresse avait
bon dos, et il n’imaginait tout de même pas qu’en
absence d’insecteà torturer ou de batracien à tourmenter,
elle réalisait quelque pulsion sadique en maltraitant une figurine
de plâtre. La brisure du cou relevait simplement du problème
identitaire auquel se trouvait confrontés le dromadaire et le
chameau, lié au nombre de bosses différenciant l’un
de l’autre. Scie suffisamment répétée pour
faire naître la confusion et amener celui-ci à s’assurer
plus que de raison de la présence d’une ou de deux bosses
de façon à ne pas se prendre pour celui-là et vice-versa.
La fréquence de l’opération expliquait très
facilement l’usure puis la cassure. Le chameau ni le dromadaire
n’avaient d’ailleurs l’exclusivité du phénomène,
on pouvait facilement imaginer qu‘un jour viendrait où
les hommes, à force de se regarder le nombril ou de consulter
leur portable (ce qui revenait au même), provoqueraient une rupture
identique. |