Cet air là René le
connaissait. Réduire sa présence s’imposait pour
échapper aux rafales qui ne manqueraient pas de le secouer. Ce
sourire, c’était du cumulonimbus, du gros, avec au bout
une mission à la con. Cette fois pourtant le coup de vent ne
l’expédia que dans une foire d’art. La nièce
de Durapin y avait un stand. Un petit, rien du tout, même un box,
une table. - Mais qui coûte, qui coûte. Vous n’imaginez pas. Une table. Et ma nièce malade, l’argent par la fenêtre. Un désastre! - C’est ennuyant en effet. - Ça la tuera, financièrement j’entends. C’est oui? - Je ne connais rien en art. Vous me voyez vendre des toiles? - Des toiles? Quelles toiles? Ma nièce travaille pour une revue d’art, c’est une intellectuelle. - Ah merde, je vais tenir un kiosque à journaux alors? Et si les gens me posent des questions, si je réponds des bêtises? - Exprimez-vous avec conviction, personne ne remarquera. - Et si les collègues me voient? Et si la concurence me repère? - Le nouveau René, le nouveau! Toujours à la pointe! Dites que nous faisons une étude, sous-marin, cheval de Troie. Il se brasse des sommes dans ce monde-là, oh lala! Ils se lanceront sur le marché – et se casseront la gueule! ah, ah! - Je ne sais pas... - Faites-le pour ma nièce, et emmenez Camille, ça la distraiera. Tenez, voici votre passe. - Mais c’est en Allemagne?! - Et en plus vous voyagerez, à mes frais, c’est entendu. |