’Il s’en souvenait. Bien. Trop. On appela son nom. Lucien bondit, comme pris d’une crise d’acathésie aigüe, quérir la médaille. Sa médaille. Sa victoire. Sieg, shori, victory, victoria, gyozelem, ushindi, en voilà un mot. Défaite, defeat, vereség, Niederlage, haiboku, kushindwa, disfata, c’en était un autre... Lucien le battant. Le victorieux. Innocent, aveuglé par la face, ignorant la perfidie du recto. Forcé de la conserver cette victoire, de la défendre. Une fois les bras levés, pris dans l’engrenage, il est rare que l’on se contente d’une victoire. On voudra prolonger l’ivresse de l’instant, obtenir un doublé, qui appellera un troisième succès, peu de chose à vrai dire si un quatrième ne lui succède pas, lui-même parfaitement ridicule, médiocre, si un cinquième ne le surpasse pas dans les moindres délais. L’expansion d’un empire ne se déroulait pas autrement, dont les armées accumulaient les conquêtes, jusqu’à atteindre le point extrême où toute expansion étant devenue physiquement impossible (Selon Tacite, le contenu d’une lettre écrire par Auguste n’exprimait pas autre chose, et l’évocation de Pyrrhus par Montaigne allait dans le même sens), il ne pouvait que se vautrer dans la décadence, prologue moelleux de son effrondement inéluctable. Peut-être, considérait aujourd’hui Lucien, était-ce la raison pour laquelle nombre de conflits ne trouvaient pas d’issue, s’enlisaient, cahin-cahotaient sans prendre de tour décisif, aucun belligérants ne désirant subirent les désastres d’une victoire, sans pour autant accepter le rôle peu flatteur du perdant.