Juin mais frais. Un ciel trop couvert pour sortir le télescope, en s’emmitoufflant ils pouvaient cependant occuper le balcon. D’une humeur apocalyptique, René annonçait une nouvelle période glaciaire. Elle serait fatale. Qu’elles commencent ou s’achèvent, elles l’étaient d‘ailleurs toujours pour quelqu’un :
- Ce coup si, seul les beaufs et les pétasses survivront.
- Et les climat-septiques, tu verras!
Un mouvement dans la rue déserte les interrompit. Un homme approchait sur le trottoir d’en face, portant une échelle. Il l’appliqua contre une façade et fixa quelque chose au-dessus d’une porte. Il actionna un briquet Une lanterne.
L’homme repartit. La lanterne brûla une partie de la soirée. L’homme revint le lendemain. Réalluma la lanterne. Et ainsi chaque soir pendant un mois, à la suite de quoi la lanterne resta en place sans que l’homme ne revienne.
Dès le second soir, Mireille, Lucien, Camille et René allèrent jeté un œil. Sur l’une des face apparaissait le visage d’une femme fixant une bougie. Sur une autre, on reconnaissait une jeune fille, assise sur son lit, tournée vers un téléviseur. Sur la troisième, la radiographie d’une cage thoraxique. Ils ne découvrirent le motif de la quatrième face qu’après avoir déccroché la lanterne, deux mois après la dernière appartion de l’homme. Mireille devina un corps, allongé sur un talus, un cadavre.
Ils réaccrochèrent la lanterne. Attendirent, des semaines, des mois. La déccrochèrent définitivement.