| La nuit citadine présente
souvent les symptomes d’une maladie incurable parvenue à
son stade ultime. Elle ne tombe pas, mais reste plutôt suspendue
au-dessus de la ville, à bonne distance de cette féerie
cafouilleuse, brouillonne, toute en crachats lumineux produits par les
lampadaires, feux tricolores, véhicules et autres enseignes. Quelques
rares étoiles se débattaient là-dedans, avec timidité.
René sortait le télescope que lui avait offert Camille,
Lucien et Mireille les rejoignaient sur le balcon.
Une bouteille de vin était débouchée, on enthousiasmait
à la vue des cratères lunaires, jurait contre les vibrations
de la circulation qui provoquaient le tremblottement du trépied
et par là des étoiles, la puissance de la lunette était
assez faible, on retournait au cratère, discutait à voix
basse. - Quand je pense que nos ancêtres craignaient moins les armées d‘Alexandre que la voûte céleste. - César les trouvait bien superstitieux, ne mesuraient-ils pas le temps en nuits et non en jours? - ... guettaient cette chute avec la même constance qu'ils s‘appliquaient à la retarder au moyen de rites que nous ne pouvons que supposer. - Quelle vie! - Heureusement les Lumières ont fait le ménage, ont su déblayer le ciel de ces croyances pour l‘étudier, disons, plus sereinement, séparant les vessies des lanternes pour s‘en remettre à la raison. - Les Lumières ont parfois engendré autant de ténèbres que leurs détracteurs. - Leur fruits semblent en effet aujourd’hui parfois bien mûrs. Certains y voient un tas de fumier repoussé dans un coin de la cour de l’histoire, sur et autour duquel s‘agite tout une volaille hystérique, promotrice de l’ignorance. - Régulièrement visitée et acclamée par la caravane des crétins de tous bords, dont la progression, exclusivement circulaire, a ceci de bien avantageux que l'on sait toujours où l'on va. |