Il s’échangeait des mots devant le stand d’Asteur. Deux femmes et un homme s’entretenaient vivement, usant de termes choisis du lexique non-écrit par lequel se vérifie la vivacité ou la décrépitude d’une langue. L’une des femmes, présentement homologuée de „ptérodactylo“ par l‘homme était vraissemblement l’ennemie, l’autre, alliée du mâle, étant pour sa part étiquetée „Ibiocéphale“. Face à ce trio hargneux l’anticaire se gardait bien d’arbitrer dans un sens ou dans l’autre, malin comme un pêcheur assistant à la rencontre d’un congre et d’un homard, assuré de ne pas rentrer bredouille, quelque soit l’issue de l’entretien. L’objet du litige n’était ni une édition rare du XVIeme, ni un antique numéraire, pas plus qu’un introuvable 45 tours, mais une figurine de Homo neanderthalensis, telle que produite à un nombre dépassant sans doute celui de la population de cette espèce au sommet de sa gloire. Elle défend aujourd’hui un pied de lampe.