Ces jours-là pour s’étourdir, Lucien ne s’envolait pas pour Bloukrans Bridge, pas plus qu’il ne remplissait les modalités d’inscription pour l’ascension du Mont Everest (au choix : voie tibétaine, chinoise ou népalaise) ; il évitait de foncer à contre-sens sur une autoroute, dédaignait se rendre dans un stand de tir, ne tentait pas sa chance au casino ; il ne s’attardait pas sur les sites pornographiques, ne flanquait ni des beignes à Mireille ni à lui-même des coups d’eau de vie. Il déposait la boîte d’allumettes sur la table. Il l’avait empochée au Martini Scala (René s’étant emparé d’un cendrier). Le nom à consonnance hispanique cachait une chaîne de restaurant allemand spécialisée dans le steak sud-américain, la poignée de sable provenait d’une plage des îles Canaries. Mireille la jeta par mégarde, il la retrouva, après avoir étalé le contenu de la poubelle sur le trottoir, action qui lui valut presque une amende pour abandon d’ordures sur la voie publique.